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ACPR : rôle et contrôle des assurances en France 2026

ACPR (Banque de France) : missions de contrôle des 700 assureurs agréés, pouvoirs de sanction, procédure de signalement et protection des droits des assurés.

Covelia · Expert en réglementation assurance
12 min de lecture

L’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) est l’autorité administrative indépendante qui supervise les secteurs de la banque et de l’assurance en France. Adossée à la Banque de France, elle contrôle la solvabilité de 639 organismes d’assurance agréés, protège les assurés et peut prononcer des sanctions allant jusqu’à 100 millions d’euros ou le retrait d’agrément.

639

Organismes d'assurance agréés et contrôlés par l'ACPR en France

Inclut les sociétés d'assurance, mutuelles et institutions de prévoyance soumises à la supervision prudentielle.

Source : Rapport annuel ACPR, 2024

Qu’est-ce que l’ACPR ?

L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution est une autorité administrative indépendante instituée par l’ordonnance n°2010-76 du 21 janvier 2010. Son cadre légal figure aux articles L.612-1 et suivants du Code monétaire et financier. Elle est chargée de préserver la stabilité du système financier français et de protéger les clients des banques et des assureurs.

L’ACPR exerce sa mission sur un champ particulièrement large en assurance : elle supervise les sociétés d’assurance relevant du Code des assurances, les mutuelles relevant du Code de la mutualité et les institutions de prévoyance relevant du Code de la sécurité sociale. Elle contrôle aussi les intermédiaires et, pour certaines missions, coopère avec l’ORIAS. Pour comprendre le cadre général auquel s’intègre l’ACPR, consultez notre guide complet de la réglementation assurance.

De l’ACAM à l’ACPR : genèse de l’autorité

Avant 2010, le contrôle des assureurs était exercé par l’ACAM (Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles), elle-même héritière de la CCAMIP créée en 2003. L’ordonnance de 2010 a fusionné quatre autorités : l’ACAM, la Commission bancaire, le CEA (Comité des entreprises d’assurance) et le CECEI (Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement). Cette fusion répondait à la crise financière de 2008 et à la nécessité d’un superviseur unique pour la banque et l’assurance.

En 2013, la loi n°2013-672 du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires a ajouté la mission de résolution bancaire et modifié la dénomination : l’ACP est devenue l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution).

1 000+

Agents travaillent au sein de l'ACPR et du secrétariat général

Équipes mises à disposition par la Banque de France : contrôleurs bancaires, contrôleurs d'assurance, juristes, actuaires et inspecteurs.

Source : ACPR, Rapport d'activité 2024

Un adossement à la Banque de France

L’ACPR n’est pas un simple département de la Banque de France, mais une autorité indépendante qui s’appuie sur ses moyens (article L.612-1 du Code monétaire et financier). Le gouverneur de la Banque de France préside le Collège de supervision de l’ACPR. Ce lien garantit à la fois l’indépendance décisionnelle de l’autorité et la mutualisation des ressources humaines et techniques (plus de 1 000 agents au secrétariat général en 2024).

Les missions de l’ACPR

L’ACPR assure quatre grandes missions complémentaires, définies à l’article L.612-1 du Code monétaire et financier.

1. Le contrôle prudentiel

Le contrôle prudentiel est le cœur historique du métier de l’ACPR. Il consiste à vérifier que chaque assureur dispose de fonds propres suffisants pour honorer ses engagements envers ses assurés, même en cas de choc économique ou de sinistralité exceptionnelle. Ce contrôle repose principalement sur la directive européenne Solvabilité II (2009/138/CE), transposée par l’ordonnance n°2015-378 du 2 avril 2015.

238 %

Ratio de solvabilité moyen des assureurs français fin 2024

Soit plus du double du minimum réglementaire de 100 %. Le secteur français affiche l'un des ratios les plus élevés d'Europe.

Source : ACPR, Analyses et synthèses, 2024

Ce ratio de solvabilité robuste reflète l’efficacité du contrôle prudentiel. Les assureurs remettent chaque trimestre à l’ACPR un reporting détaillé de leurs fonds propres, de leurs provisions techniques et de leurs engagements.

2. La protection de la clientèle

Depuis la loi du 26 juillet 2013, l’ACPR a vu ses missions de protection des clients renforcées. Elle contrôle les pratiques commerciales des assureurs : publicité, documents remis avant la souscription, traitement des réclamations, respect du devoir de conseil et application correcte de la directive distribution d’assurances (DDA).

L’ACPR publie régulièrement des recommandations qui clarifient ses attentes aux assureurs. Elle a par exemple recadré les pratiques sur les contrats en déshérence, la gestion des réclamations et le respect des délais imposés par la loi Lemoine. Pour un panorama complet, consultez notre guide des droits des assurés.

3. La lutte contre le blanchiment (LCB-FT)

L’ACPR supervise l’application par les assureurs du dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (articles L.561-1 et suivants du Code monétaire et financier). Les assureurs doivent mettre en place une cartographie des risques, former leurs collaborateurs et déclarer les opérations suspectes à Tracfin. Le non-respect de ces obligations figure parmi les premiers motifs de sanction.

4. La résolution

Depuis 2013, l’ACPR dispose d’un Collège de résolution distinct du Collège de supervision. Il peut, en cas de défaillance avérée d’un établissement, mettre en œuvre des mesures exceptionnelles : transfert d’activité, cession forcée, mise en place d’un administrateur provisoire. Pour les assureurs, la directive européenne IRRD (Insurance Recovery and Resolution Directive) adoptée en 2024 renforce encore ce volet en imposant aux grands assureurs un plan préventif de rétablissement.

L’organisation de l’ACPR

L’ACPR repose sur deux organes décisionnels principaux : le Collège de supervision et la Commission des sanctions.

Le Collège de supervision

Présidé par le gouverneur de la Banque de France, le Collège de supervision compte 19 membres : représentants du secteur, magistrats, parlementaires, personnalités qualifiées. Il se réunit en formation plénière, restreinte ou sectorielle (assurance, banque, sous-collège sectoriel). C’est lui qui ouvre les procédures de contrôle, notifie les griefs et décide, le cas échéant, de saisir la Commission des sanctions.

La Commission des sanctions

La Commission des sanctions est une formation distincte et indépendante, composée de magistrats et de personnalités qualifiées (article L.612-9 du Code monétaire et financier). Elle statue en toute indépendance du Collège, à l’issue d’une procédure contradictoire garantissant les droits de la défense. Ses décisions sont publiées sur acpr.banque-france.fr et peuvent faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’État.

« La séparation stricte entre le Collège qui instruit et la Commission des sanctions qui juge est une garantie essentielle. Elle assure aux établissements contrôlés un procès équitable, conforme à l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme. »

Denis Prieur

Président de la Commission des sanctions de l'ACPR, ACPR

Les pouvoirs de sanction de l’ACPR

L’article L.612-39 du Code monétaire et financier confère à la Commission des sanctions un arsenal particulièrement dissuasif. Aucune autre autorité française de supervision du secteur financier ne dispose d’un champ sanctionnateur aussi large.

Sanctions applicables par la Commission des sanctions de l'ACPR

Sanction Avertissement
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Rappel à l'ordre écrit
Publicité Publiée
Sanction Blâme
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Condamnation publique du manquement
Publicité Publiée
Sanction Interdiction d'opérations
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Suspension de certaines activités
Publicité Publiée
Sanction Suspension de dirigeants
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Retrait temporaire ou définitif de fonctions
Publicité Publiée
Sanction Retrait d'agrément
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Sanction ultime : cessation d'activité
Publicité Publiée
Sanction Sanction pécuniaire
Base légale Art. L.612-39 CMF
Portée Jusqu'à 100 M€ ou 10 % du CA annuel
Publicité Publiée

Des sanctions qui pèsent sur les assureurs

Les décisions récentes de la Commission des sanctions montrent une vigilance accrue. Plusieurs exemples publiés par l’ACPR illustrent la diversité des manquements réprimés : non-respect du devoir de conseil en assurance-vie, défaillances dans le traitement des contrats en déshérence, carences dans la lutte contre le blanchiment et manquements à la loi Lemoine sur les délais de substitution d’assurance emprunteur.

~5 M€

Amendes prononcées par la Commission des sanctions de l'ACPR en 2024

Cumul des sanctions pécuniaires tous secteurs confondus (banque et assurance). Les plus fortes portent sur le LCB-FT et le devoir de conseil.

Source : ACPR, Rapport d'activité 2024

En 2025, une institution de prévoyance a été sanctionnée à hauteur de 500 000 euros pour des manquements au devoir d’information. En 2024, plusieurs banques ont été sanctionnées pour non-respect du délai de 10 jours imposé par la loi Lemoine lors des demandes de substitution d’assurance emprunteur. Ces décisions envoient un signal clair : la loi Hamon, la loi Chatel et la résiliation infra-annuelle sont réellement contrôlées.

ACPR, médiateur et AMF : quelles différences ?

Les assurés confondent souvent ces trois autorités. Leur rôle est pourtant très différent : l’ACPR supervise les acteurs, le médiateur règle les litiges individuels et l’AMF encadre les marchés financiers.

ACPR, médiateur de l'assurance et AMF : missions et saisine

Critère Rôle principal
ACPR Supervision prudentielle et protection clientèle
Médiateur assurance Résolution amiable des litiges individuels
AMF Régulation des marchés financiers
Critère Champ
ACPR Banques, assureurs, mutuelles, IP
Médiateur assurance Contrats d'assurance (hors santé collective)
AMF Actions, OPCVM, gestion d'actifs
Critère Saisine par un assuré
ACPR Signalement via ABEIS (pas de litige individuel)
Médiateur assurance Gratuite, après réclamation à l'assureur
AMF Médiateur AMF pour produits financiers
Critère Pouvoirs
ACPR Sanctions, retrait d'agrément, contrôles
Médiateur assurance Avis non contraignant (suivi à 99 %)
AMF Sanctions, enquêtes, contrôles
Critère Coopération
ACPR Pôle commun ACPR-AMF
Médiateur assurance Indépendant
AMF Pôle commun ACPR-AMF

Le pôle commun ACPR-AMF

Depuis 2010, l’ACPR et l’Autorité des marchés financiers (AMF) partagent un pôle commun, notamment pour la surveillance des produits d’épargne mixtes comme l’assurance-vie en unités de compte. Le portail ABEIS (Assurance Banque Épargne Info Service) centralise leurs informations à destination du public sur abe-infoservice.fr.

Pour un litige personnel, saisissez le médiateur

Si vous avez un différend individuel avec votre assureur, l’ACPR n’est pas votre premier interlocuteur : saisissez d’abord le médiateur de l’assurance. En revanche, si vous identifiez une pratique commerciale abusive récurrente, un signalement à l’ACPR peut déclencher un contrôle.

Comment signaler à l’ACPR ?

Tout assuré peut alerter l’ACPR sur des pratiques commerciales douteuses. Le signalement ne se substitue pas à un recours individuel mais alimente la surveillance prudentielle et peut déboucher sur une enquête. Voici la procédure officielle.

Étape 1 : rassembler les pièces

Préparez un résumé écrit du problème, la copie du contrat, les échanges avec l’assureur (courriers, courriels, comptes rendus d’entretien) et la réponse éventuelle du service réclamation. Plus votre signalement est documenté, plus il sera exploitable par les services de contrôle.

Étape 2 : utiliser le portail ABEIS

Le canal recommandé est le portail ABEIS (Assurance Banque Épargne Info Service) sur abe-infoservice.fr. Il centralise les signalements pour l’ACPR et l’AMF. Vous pouvez également écrire à :

ACPR — Direction du contrôle des pratiques commerciales 4 place de Budapest, CS 92459 75436 Paris Cedex 09

Étape 3 : agir en parallèle sur le litige individuel

Le signalement à l’ACPR ne règle pas votre litige personnel. En parallèle, respectez l’ordre logique : réclamation écrite à votre assureur, puis saisine du médiateur si la réponse ne vous satisfait pas. Pour les questions de résiliation, consultez nos guides sur la loi Hamon, la loi Chatel et la résiliation infra-annuelle.

L’ACPR en 2026 : tendances et priorités

Dans son programme de contrôle 2026, l’ACPR a identifié plusieurs priorités annoncées publiquement. Les thématiques majeures sont :

  • Risques climatiques : intégration du changement climatique dans les scénarios de stress-tests prudentiels, notamment pour les assureurs exposés aux catastrophes naturelles
  • Cybersécurité : contrôle de la résilience informatique au titre du règlement européen DORA (Digital Operational Resilience Act) entré en application en janvier 2025
  • Protection des clientèles vulnérables : vigilance accrue sur les ventes d’assurances affinitaires, les contrats en déshérence et les seniors
  • LCB-FT : poursuite des contrôles sur la lutte contre le blanchiment, avec un focus sur les assureurs-vie
  • Loi Lemoine : vérification du respect du délai de 10 jours pour les demandes de substitution d’assurance emprunteur

200+

Contrôles sur place et sur pièces menés par l'ACPR chaque année

Dans le secteur assurance : inspections sectorielles, contrôles thématiques et revues ciblées des pratiques commerciales.

Source : ACPR, Rapport d'activité 2024

L’ACPR publie régulièrement des analyses et synthèses sur acpr.banque-france.fr. Les assureurs, courtiers et mutuelles y trouvent les attentes du superviseur et les bonnes pratiques attendues.

Sources officielles

  • ACPR, Rapport annuel 2024 (acpr.banque-france.fr)
  • Code monétaire et financier, articles L.612-1 à L.612-52 (Légifrance)
  • Ordonnance n°2010-76 du 21 janvier 2010 portant fusion des autorités d’agrément et de contrôle
  • Loi n°2013-672 du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires
  • Directive 2009/138/CE dite Solvabilité II (EUR-Lex)
  • Banque de France, Rapports trimestriels de supervision du secteur assurance
  • Portail ABEIS — abe-infoservice.fr

Questions fréquentes

Quel est le rôle de l'ACPR en assurance ?
L'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) est l'autorité administrative indépendante chargée de superviser les secteurs de la banque et de l'assurance en France. Adossée à la Banque de France, elle contrôle la solvabilité des 639 organismes d'assurance agréés, surveille leurs pratiques commerciales, protège la clientèle et dispose d'un pouvoir de sanction pouvant aller jusqu'au retrait d'agrément.
Comment saisir l'ACPR en cas de litige avec un assureur ?
L'ACPR ne tranche pas les litiges individuels. Pour un signalement, utilisez le portail ABEIS (Assurance Banque Épargne Info Service) sur abe-infoservice.fr ou écrivez à l'ACPR, 4 place de Budapest, CS 92459, 75436 Paris Cedex 09. L'ACPR analyse votre signalement pour détecter des pratiques commerciales abusives et peut ouvrir un contrôle. Pour un litige personnel, saisissez d'abord le médiateur de l'assurance.
Quels sont les pouvoirs de sanction de l'ACPR ?
La Commission des sanctions de l'ACPR peut prononcer, selon l'article L.612-39 du Code monétaire et financier : avertissement, blâme, interdiction d'effectuer certaines opérations, suspension temporaire de dirigeants, retrait partiel ou total d'agrément et sanctions pécuniaires pouvant atteindre 100 millions d'euros ou 10 % du chiffre d'affaires annuel. Les décisions sont publiées au registre officiel de l'ACPR.
Quelle différence entre l'ACPR, le médiateur de l'assurance et l'AMF ?
L'ACPR supervise les assureurs et banques (solvabilité, pratiques commerciales). Le médiateur de l'assurance règle gratuitement les litiges individuels entre assurés et assureurs. L'Autorité des marchés financiers (AMF) supervise les marchés financiers, les produits d'épargne et les sociétés de gestion. L'ACPR et l'AMF coopèrent via un pôle commun pour les produits mixtes comme l'assurance-vie en unités de compte.
L'ACPR a-t-elle remplacé l'ACAM ?
Oui. L'ACPR a été créée par l'ordonnance n°2010-76 du 21 janvier 2010. Elle a fusionné l'Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM), la Commission bancaire, le CEA et le CECEI. Depuis 2013, son nom officiel est devenu Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution avec l'ajout de la mission de résolution bancaire issue de la loi de séparation bancaire du 26 juillet 2013.
Combien d'assureurs l'ACPR contrôle-t-elle en France ?
Selon le rapport annuel 2024 de l'ACPR, 639 organismes d'assurance sont agréés en France : sociétés d'assurance, mutuelles du Code de la mutualité et institutions de prévoyance. L'ACPR supervise également 379 établissements de crédit et plus de 600 succursales d'organismes européens opérant en libre prestation de services.
Quel lien entre l'ACPR et la Banque de France ?
L'ACPR est une autorité administrative indépendante adossée à la Banque de France (article L.612-1 du Code monétaire et financier). La Banque de France met à disposition les moyens humains, techniques et financiers nécessaires à son fonctionnement. Le gouverneur de la Banque de France préside le Collège de supervision de l'ACPR, garantissant indépendance opérationnelle et mutualisation des ressources.
Combien l'ACPR a-t-elle infligé de sanctions en 2024 ?
Selon le rapport annuel 2024 de l'ACPR, la Commission des sanctions a prononcé près de 5 millions d'euros d'amendes cumulées sur l'année, avec plusieurs décisions marquantes dans les secteurs de l'assurance et de la banque. Les principaux motifs de sanction concernent le manquement au devoir de conseil, le non-respect du dispositif LCB-FT (lutte contre le blanchiment) et la protection de la clientèle.

Dernière mise à jour : avril 2026. Les informations présentées sont données à titre indicatif et ne constituent pas un conseil personnalisé.